Communautarisme

La "lettre ouverte aux juifs communautaires" de J-F Kahn, et la réplique de Guy Sitbon, "juif de gauche"

Jean-François Kahn et Guy Sitbon - Marianne - 26 août et 16 septembre 2006

Dans le numéro du 26 août 2006 de l’hebdomadaire « Marianne », dont il est un des fondateurs et qu’à l’époque il dirigeait, Jean-François Kahn publiait une « Lettre ouverte aux juifs communautaires » dans laquelle – on va le lire – tout en se positionnant comme juif et comme « vrai ami d’Israël » il dénonçait avec une certaine virulence les dérives du CRIF et, plus largement d’une bonne part de la communauté juive de France, en ce compris ceux de ses membres qui étaient classés politiquement plutôt « à gauche ».

Jean-François Kahn, lui-même, on le sait est un « centriste » (il a soutenu François Bayrou lors de l’élections présidentielle de 2007 et était candidat aux élections européennes de 2009 sur une liste « MODEM »), laïcard (il milite « contre le voile », caricature tour à tour les positions de Tariq Ramadan et celles d’Alain Badiou) mais au cours de sa longue carrière de journaliste il a soutenu les combats anticolonialistes et il a joué un rôle capital dans la révélation de l’enlèvement à Paris de Mehdi Ben Barka par des policiers français à la solde des services secrets marocains, ainsi que de la complicité du gouvernement français de l'époque.

Le propos de ce « vrai ami d’Israël » était donc en soi intéressant, tant par ce qu’il défend que par ce qu’il dénonce. Mais s’y ajouta la « Réplique » que lui adressa Guy Sitbon, lui aussi journaliste à « Marianne », lui aussi juif, et qui à priori se situait plus à gauche que J-F Kahn (il écrit : « J’ai été communiste, je me suis voulu arabe, j’ai été nassérien, arafatiste, baassiste… ), et voilà que dans ce texte il défend une conception raciale de la condition de juif (« Ca s’attrape à la naissance, comme la couleur de la peau, et ça ne te lâche plus »), qui le conduit à proclamer haut et fort sa « double allégeance ».

La confrontation de leurs deux conceptions de ce qu’est un « ami d’Israël » et de la situation des juifs dans la société française, et européenne, est riche d’enseignements.

LETTRE OUVERTE AUX JUIFS COMMUNAUTAIRES

Que dit Israël, ou plutôt son gouvernement ? Que sa sécurité exige le désarmement du Hezbollah, la présence d'une force d'interposition internationale à sa frontière nord et la reconquête de son propre territoire par l'armée libanaise. On applaudit ! Mais quand, en violation du cessez-le-feu qui vient d'être conclu, Israël lance de raids meurtriers en territoire libanais, et affirment par la voix de son ministre de la défense, qu'il « se prépare au deuxième round », c'est-à-dire à une reprise de la guerre donnant ainsi largement prétexte au Hezbollah pour ne pas désarmer et décourageant les pays qui envisageaient d'envoyer des troupes, on applaudit encore ?

Un ministre israélien met les pieds dans le plat : oui, il faut ouvrir des négociations avec la Syrie, c'est-à-dire en clair, accepter l'idée d'une évacuation du Golan occupé contre une reconnaissance de l'État juif et un traité de paix en bonne et due forme. Et à ce que Damas assume la responsabilité du refus. On applaudit !

« Pas question, réagit le premier ministre Ehoud Olmert, il n'y aura pas de négociations avec la Syrie ! » Tant pis pour la résolution 242 du conseil de sécurité, qui ne sera donc jamais appliquée. On applaudit encore ?

« Israël a le droit de se défendre », clament, d'une même voix, les amis d'Israël. On applaudit. Mais les 190 Palestiniens tués en six semaines à Gaza, l’« enlèvement » (cas unique dans l'histoire) de vingt-huit députés d'un Parlement élu, du président de ce Parlement, de huit ministres d'un gouvernement légitime, fût-il déplaisant, et du secrétaire général de ce gouvernement, on applaudit toujours ?

Israël vit l’une des périodes les plus noires de son histoire. À Tel-Aviv, les bouches s'ouvrent. Des exemples ? L'armée de terres devenues opérationnelles ment-il efficient et moralement cassé par le rôle de force de police répressive qu'on lui fait jouer depuis six ans dans les Territoires occupés ; l'inconcevable sottise du retrait unilatéral de Gaza ; les conséquences catastrophiques de la première occupation du Liban ; la victoire électorale du Hamas comme effet quasi mécanique de l'écrabouille ment systématique de l'autorité palestinienne ; la panne générale du processus de paix ; les limites de l'alignement total sur l'administration Bush ; le poids excessif de l'état-major militaire ; l'isolement diplomatique or le soutien américain ; les retombées sociales délétères d'une gestion ultralibérale que dénoncent aujourd'hui les populations déshéritées du Nord a abandonné sous les roquettes de l'adversaire... En clair c'est la politique Sharon tout entière qui s'effondre aujourd'hui et révèle sa perversité.

Or rappelons-nous : il y a un an encore, quiconque n'exaltaient pas le sharonisme, ses pompes et ses oeuvres, était rageusement rejeté hors du temps des « amis d'Israël ». D'où la nécessité de poser enfin cette question : qu'est-ce au juste, qu'à un « vrai ami d'Israël » ? Celui (ou celle) qui encourage le gouvernement israélien à persévérer dans ses erreurs, quand il en commet, qui l'incite à l'arrogance et au péché d'orgueil (ce que tous les médias israéliens dénoncent aujourd'hui), et qui proclame que la démesure dans les représailles constitue une dimension essentielle de lettres au monde de l'État juif ? Ou celui - ou celle - qui, ne prenant en compte que les intérêts, c'est-à-dire la sécurité véritable, d'Israël, s'alarmant pour cette raison de ses dérives ou s'inquiétant de ses faux pas, ne le pousse pas au pire, mais l'exhortent au contraire au mieux ?

Nul n'en doute plus : la pire catastrophe qui soit tombée sur la tête d'Israël depuis deux décennies, et, par voie d'extension sur celle des communautés juives en diaspora, c'est la guerre d'Irak. Qui furent donc les vrais amis d'Israël ? Ce qui applaudir cette folie ? Ou ceux qui s'y opposèrent ?

Qu'est-ce, en vérité, qu'« un ami d'Israël » ? Quelqu'un, à juste, pas forcément juifs, pour qui le droit à l'existence de ce pays refuse constitue une cause sacrée. Quelqu'un, surtout si les juifs évidemment, qui porte en quelque sorte Israël au coeur, comme l'exprime si bien notre confrère Ivan Levaï dans son beau livre Israël, mon amour*.

Quelqu'un qui se sent profondément solidaire de ce pays, de cette nation, et qu'indigne en conséquence toute remise en cause de son droit de vivre en sécurité.

L'on s'étonne d'ailleurs que puisse critiquer cette attitude de ceux qui, par ce qu'il chérissait l'idéal socialiste, estimait, à juste titre, que la défense de la « patrie du socialisme » contre les forces réactionnaires qui voulaient l'anéantir étaient une cause sacrée... Mais militer pour le droit à l'existence et à la sécurité de la « patrie du socialisme » impliqua-t-il que l'on soutint aveuglément toutes les initiatives et les orientations du pouvoir soviétique » ? Ceux qui répondirent par l'affirmative furent étiquetés « staliniens ».

Eh bien, posons la question : n'y a-t-il pas un relent de néostalinisme dans l'attitude de ce (dont beaucoup, d'ailleurs, furent communistes) qui soutiennent de façon systématique, par principe, sans jamais la moindre distance, toutes les initiatives, non d'Israël, mais du pouvoir israélien, quel qu'il soit ? Y compris, demain, on le craint, et sans moufter, si la droite dure de Netanyahou, renforcée par l'extrême droite, gagne les élections et se lance dans une politique aventuriste de radicales confrontations.

L'ami d'Israël est-il vraiment celui qui, s'interdisant tout appréciation critique, non pas à l'égard du pays, ce qui serait justifié, mais à l'égard de ce qu'il dirige, y compris quand ils font fausse route, contribue de la sorte à l'enfermer dans ces errements quand ils pourraient contribuer au contraire, par vraie solidarité, allant libérer ? On n'en viendrait pas à ouvrir ce débat fondamental aussi, depuis quelques années et singulièrement à la faveur de la deuxième intifada, une clique ultradroitière, vindicatives, agressive, et dont la minorité la plus activiste de ne reculent pas devant un certain racisme, n'avait entrepris de conquérir de l'intérieur, n'ont pas la population juive en soi, totalement étranger à ces dérapages, mais la population juive communautaire, afin de l'instrumentaliser et de la verrouiller. Cette absolue nouveauté ne peut plus être occultée. Pourquoi ?

Parce que l'auto-enfermement et l'auto-cadenassage qui en résultent, l'intolérance et le sectarisme que cette situation entretient, les manipulations politiciennes qu'elle permet (jusqu'à offrir le marché clé en main à Philippe de Villiers) ont d'ores et déjà provoqué des dégâts ravageurs : plus de débats, de réflexion collective, d'ouverture à l'autre, mais un véritable processus de sécession mentale, d'emprisonnement volontaire dans un carcan de certitudes bétonnées où, volets clos et écoutilles bouchées, les slogans tambourinaient étouffent la moindre prise en compte intellectuellement critique du réel. Comment expliquer, sans cela, l'approbation massive, aveugle, de la guerre d'Irak ?

Notre collaborateur Mohammed Sifaoui consacre sa vie professionnelle à lutter contre le danger terroristo-islamiste. Il a pris, pour ce faire, des risques inouïs. Il fut très récemment l'un des rares Arabes musulmans à répondre à l'invitation d'une association juive communautaire sans se soucier des fatwas qui en résulteraient. Il commença son propos en précisant qu'il était hostile à la guerre d'Irak, et pas particulièrement favorable à la politique de Sharon. C'est tout juste s'il peut aller plus loin dans ses explications tant les protestations de la salle le submergèrent.

Dois-je rappeler cette réunion, dans les salons Hoche, à laquelle participaient, ou prononcer « État palestinien » ou « processus de paix » provoquait des réactions furibardes ? Ou même ce débat organisé par la Licra, à propos de la laïcité : j'y approuvais la résistance laïque au port du voile islamique à l'école, dénonçais la complaisance d'une certain extrême gauche à l'égard de l'islamisme radical. Acclamations ! Mais lorsque j'ajoutai que la politique de George Bush nourrissait le courant terroristes islamiques, ce fut une véritable bronca.

Évoquera-t-on, enfin, ces lettres reçues dans la foulée de la guerre d'Irak, où, sous prétexte de défense d'Israël, le style rappelait celui des missives lepénistes reçues quelques années plus tôt ?

Voilà la réalité. Avec, à la clé, un terrible fossé qui se creuse avec le reste de la population, et, pire encore, de véritables citernes d'eau apportée au moulin de l'antisémitisme, qui, en effet, s'empare peu à peu d'espaces entiers. Faut-il que certains intellectuels juifs, qui ont un rôle immense à jouer pour opposer une digue à cette désastreuse glissade, se comportent comme s'ils voulaient conforter les ignobles insinuations de l'islamiste Tariq Ramadan ?

Une réaction s'impose. Urgente. Pour éviter le pire. Pour refaire de la population juive communautaire, enfin libéré, l'aile marchante du débat démocratique, humanistes et antiracistes ; pour la réintégrer dans la lutte en faveur de la tolérance, de la paix et de la laïcité, seul moyen de faire face, toutes communautés réconciliées, aux dangers du fascisme intégriste.

Des juifs qui récusent les rejettent Israël, il y en a. Il s'exprime. C'est normal. Ce qu'il nous faut entendre désormais, enfin, ce sont des juifs amis d'Israël, émancipée de toute terreur communautarise, qui porte la voix de la raison, de la paix et de l'acceptation de l'autre. Et aussi n'en déplaise au président du kif, de l'intelligence !

* Éditions du seuil.

REPLIQUE DE GUY SITBON A LA "LETTRE OUVERTE" DE J-F KAHN

Tu t'adresses aux juifs « communautaires » par opposition aux « non-communautaires », les gentils, on présume. C'est qui, les « communautaires » ? On devine : les communautaires adhèrent les yeux fermés à la politique du gouvernement israélien quel qu'il soit, quoi qu'il fasse. Je vais, gratos, t’offrir un scoop : ce spécimen-là n'existe pas. Autant de juifs, autant d'opinions. C'est leur péché mignon : ils ne s'entendent à peu près sur rien et, d'ailleurs, ils ne s'accordent pas forcément avec eux-mêmes. Des maniaques de la discorde du clivage mental. On les reconnaît à leur schizophrénie. Ils en ont d'ailleurs fait une science et, de ce trait de caractère, le foutoir israélien renvoie une image assez fidèle.

Pour autant, tu n'as pas tort. C'est bien vrai que depuis, disons, quarante ans (le procès Eichmann ? la guerre de 1967 ? le dépérissement du socialisme ? va savoir) il s'est créé un nouveau juif : il ne dédaigne plus l'héritage que lui ont laissé ses parents. Sans penser qu'un trésor est caché dedans, il accepte celui qu'il est. La haine de soi n'est plus de saison. Naguère, il préférait ne pas se regarder, se fondre, devenir comme tout le monde et n'en parlons plus ! Et voilà que, D. sait pourquoi, ce fanatique de la laïcité monte au grenier, trouve dans une valise poussiéreuse un manteau en lambeaux tout taché de sang, le reteint en bleu et il endosse. Alors qu'on trouve des manteaux chinois tout neufs à vingt Euros. Tu y comprends quelque chose, toi ? Moi, rien. Mais c'est comme ça.

On connaît leur excuse. Mille et mille ans ils ont été le peuple sans terre. 5000 peuples à la surface de la planète, chacun son bout de terrain, pas eux. Tu me diras, en France ils avaient la France comme les autres Français, en Allemagne, l'Allemagne. Justement, en Allemagne, etc..., en France, etc..., en Algérie, etc... Aujourd'hui existe le pays des juifs, l'Etat des juifs. Pas seulement l'État juif, l'Etat des juifs, leur pays, leur Etat. Combien de fois faudra-t-il le répéter ? En quelle langue ? Leur pays, leur Etat. Et la France, alors ? Pas leur pays ? Oui, la France, leur pays. Ils y naissent, ils y vivent, ils y meurent et ils l’aiment. Mais il va falloir qu'ils se décident, à la fin des fins ! La France où Israël ? Eh bien non, ils n'ont aucune intention de choisir. Si on les accule, choisissez ou partez, crois-moi, la mort dans l'âme ils partiront. T'inquiètes pas, sans émeute de banlieue ni du XVIe. Ils feront leurs valises. Comme d'hab. Ils ont deux amours, Israël et la France, et je vais te confier un vrai secret : un des deux pèse plus lourd dans leur coeur. Devines lequel. Moi, je n'ai rien dit. Mais il y a des choses que je peux quand même cafter.

Quand De Gaulle décrète l'embargo des armes contre Israël, les juifs ont le sentiment de vivre sous un gouvernement engagé militairement contre leur pays. C'est ce qu'on appelle généralement un ennemi. Quand Chirac, en pleine intifada, honore (avec quel éclat !) la dépouille d'Arafat, à leurs yeux le responsable des kamikazes d'autobus, les juifs ne se sentent pas en territoire ami. Quand la France négocie à l'ONU (fort bien d'ailleurs) au nom du Liban, donc du Hezbollah, il y a présence de malaise.

La deuxième intifada a marqué une cassure. En masse, les juifs de gauche (moi, entre autres) ont déserté le camp palestinien (la juste cause) pour se rallier à Sharon. Alors que, pour les Français, Sharon, c'était Hitler. Mesure, pèse l'énoncé : nous sympathisions, aux yeux des gens, avec un Hitler. En somme, nous étions des monstres. Oui, contre presque tous les Français, la plupart (j'en étais, hélas) ont soutenu Bush au premier jour de la guerre d'Irak. Les États-Unis sont les alliés Israël, donc on les soutient. Il n'y a pas à chercher plus loin. 90 % des Français voient les choses autrement ? Chacun dans son camp. Une fois de plus, les Français d'un côté et nous de l'autre.

Dissidence, isolement, mise à l'écart. Au bureau, avec les copains, on ne parle plus aussi librement. Vite et à la louche : les juifs sont en guerre contre les Arabes. Les Français, le président, les partis sympathisent avec les Arabes, pas avec Israël. Les juifs se sentent entourés d'ennemis. Paranos ? Et comment ! Ils ont inventé la paranoïa. Mais, dit le sage, même les paranos...

Ont-ils pour autant « renoncé au combat humaniste, antiraciste », comme tu le dis ? Pas vraiment vrai. Meurtre racistes à Lyon : pas une organisation maghrébine ne bouge, manifestation juive sur les lieux de l'attentat. C'est comme ça tous les jours. Qui a inventé l'humanitaire ? Qui a fondé SOS Racisme ? Qui se bat sans relâche pour les droits de l'homme ? Combien de juifs pro-palestiniens ? Pas autant qu'avant, d'accord. C'est la guerre. Celle des juifs. Pas celle des Français. Quels juifs ? Les « communautaires » ? Les autres ?

Tu sais lesquels ? Ceux qui ont un père, une mère, une grand-mère. De là ils tiennent ce qu'ils sont, pas de M. Cukierman [1], voyons ! Ça s'attrape à la naissance, comme la couleur de la peau, et ça ne te lâche plus. Une maladie atavique. Et ces crétins sont incapables de s'affranchir de leur papa et maman !

Je le jure, personne autant que moi ne s'est battu contre les siens et contre soi-même pour se désenjuiver. Personne, aucune bête. J'ai été communiste, je me suis voulu arabe, j'ai été nassérien, arafatiste, saddamiste, baassiste, tout ce que tu veux pourvu que le juif disparaisse. Résultat : j’ai replongé juif comme une kippa, et mes enfants, tous deux métis de chrétiennes du terroir pourtant, le sont plus encore que moi. Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?

C'est grave ? C'est très sérieux. Surtout pour ceux qui, comme moi vouent une gratitude infinie à cette France qui a accueilli mon peuple sans barguigner, bien mieux qu'il ne l'a été en Israël. Surtout dans notre république fondée sur l'écrasement des particularismes. Regarde les Alsaciens. Ils ont poignardé ceux qu'ils étaient, leur culture, et pas n’importe laquelle, la germanique, pour devenir de bons Français. Leur Israël, il est de l'autre côté de la frontière. Il ne mouftent pas. Et les juifs ? Des pingouins pas comme les autres. Non, mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?

Alors tu écris : ils ont tort de ne pas négocier, tort de bombarder à tout bout de champ, d'arrêter les ministres Hamas, de ne pas évacuer les Territoires occupés. Mille fois raison tu as. Si toi, moi ou le duc de Bordeaux avions pris en charge ce dossier, de longue date il aurait été fermé. Gens raisonnables nous sommes. Le hic : on parle d'une contrée où la raison n'a pas cours, d'une terre où la raison n'a pas raison. Il faut être fou pour être raisonnable là-bas.

L'invention d'Israël, c'est raisonnable ? Pure démence, voyons ; mais près de la moitié des juifs qui vivent, les autres y pensent. Seize états arabes à l'est de Suez, raisonnable ? Le Liban, les milliards du pétrole, Ben Laden, les massacres de Bagdad ? Tu vois, il faut prendre les gens comme ils sont, pas comme ils devraient être.

Une seule chose est sûre : dans une guerre, il y a deux camps. Tu es d'un côté ou tu es de l'autre. Pas une question d'opinion, de connaissances, de discernement. Une question d'appartenance. Tu en es ou tu n'en es pas. Quant à tout le reste, tu sais comment ils sont, chacun se met et pense à son compte. Pour un journaliste, un politique juif français, c'est dur, je suis au courant. La vie est dure. Mais pour une fois, j'ai voulu vider mon sac. Dois-je te remercier, Jean-François, de m'en avoir donné l'occasion ou valait-il mieux la boucler, comme toujours ?

[1] Président du CRIF de mai 2001 à mai 2007, spécialiste des déclarations provocantes comme lorsqu’il affirmait avoir conseillé à Ariel Sharon de « mettre en place un ministère de la propagande, comme Goebbels » ou lorsqu’il déclara à Haaretz, en mai 2002, que le succès remporté par Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle (où il avait devancé Lionel Jospin, PS) est « un message aux musulmans de se tenir tranquilles ».

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rédaction du site