Constructions illégales palestiniennes

Les bergers palestiniens de la vallée du Jourdain dans les ruines de leurs maisons

Le Monde - 29 juillet 2005

La démolition des maisons des colons juifs de Gaza n'a pas débuté, mais celle des cahutes des bergers palestiniens de Tana est déjà terminée. De leur campement amélioré, bâti sur les contreforts désolés de la vallée du Jourdain, à l'est de Naplouse, il ne reste que les quatre murs en pierre de la vieille mosquée.

Dispersés tout autour, dans les collines d'herbes jaunies, plusieurs dizaines de monticules de parpaings et de tôle froissée témoignent de l'activité des bulldozers israéliens. Même la minuscule école primaire est passée sous leurs chenilles. Sur un tableau noir extirpé de ses ruines, une main anonyme a écrit à la craie : "Le jour noir" .

C'était le 5 juillet. Quelques semaines plus tôt, les familles de Tana s'étaient installées à Beit Furik, un village en surplomb, où la plupart d'entre elles possèdent un autre abri. Une tradition semi-nomade, qui permet aux troupeaux de paître dans des espaces moins secs durant la période la plus chaude de l'été. Comme chaque année, tous prévoyaient de réintégrer leur bout du monde dès septembre. Mais les bureaucrates de l'armée israélienne avaient d'autres projets.

Dans les parties de Cisjordanie comme celles de Tana, qui ont été labélisées "zone C" durant le processus de paix, c'est-à-dire hors d'atteinte de l'Autorité palestinienne, ils font office de planificateurs tout-puissants.

Arguant du fait que les maisonnettes avaient été construites sans permis, qui plus est dans une zone militaire, ils les ont fait raser. Selon les décomptes de l'ONU, 170 Palestiniens ont perdu, du jour au lendemain, le toit qui les abritait dix mois dans l'année. Aux dires d'un porte-parole de l'armée, un inspecteur est venu prévenir les habitants un mois avant la date fatidique. Mais sur place, aucun d'entre eux ne se souvient de cette visite. "Ils se sont contentés de jeter par terre quelques ordres de démolition, affirme Mahmoud, un membre du conseil municipal de Beit Furik. J'en ai trouvé un sous mes pieds juste deux jours avant l'arrivée des bulldozers. C'est la couverture légale de leur crime. S'ils étaient sûrs de leur fait, ils seraient passés à la mairie."

"C'EST COMME ÇA"

Youssef, un pharmacien de Beit Furik, renchérit : "Avant de construire en dur, les Palestiniens habitaient dans des grottes creusées dans la roche. L'armée a toujours su qu'ils étaient là. Cela n'a jamais été une zone militaire."

Aujourd'hui, les gens de Tana errent parmi les gravats. Eux qui menaient une vie fruste, à l'écart des soubresauts de l'actualité, voient désormais affluer les militants pacifistes, avec l'appareil photo numérique en bandoulière. Démunis de mots pour dire leur peine, ils font visiter les reliques de leur habitation en désignant l'ancien emplacement de la cuisine ou de la salle commune. "Ma maison faisait 150 m2, raconte Khaled, assis sous une tente plantée au milieu des ruines. Quatorze personnes vivaient dedans. Je l'avais construite il y a dix ans."

Autour de lui, deux vieilles femmes opposent un sourire énigmatique aux objectifs qui les visent. Leur visage reste calme, comme si elles avaient cessé de s'étonner du sort qui les accable. "Selon les lois de l'occupation, nous n'avons pas le droit de demander "pourquoi", dit Mohie, un enquêteur palestinien de l'organisme israélien Rabbins pour les droits de l'homme. La présence de l'armée israélienne à Tana n'est pas illégale mais celle de ses habitants originels l'est. C'est comme ça. Point à la ligne."

(LDL)

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