Collaboration

Mahmoud Abbas : de compromission en compromission pour satisfaire ses "nouveaux amis"

Michel Warschawski - Programmer le désastre - Ed. La Fabrique 2008 - p.27-28

Cette semaine, je regardais sur la première chaîne de télévision israélienne un reportage sur les nouvelles forces de sécurité du président palestinien. On y voyait d'abord les miliciens à prendre l'hébreu et expliquer qu'il était prioritaire de communiquer avec les forces de police israéliennes. Ensuite, lors d'un raid contre une institution culturelle liée au Hamas, le chef des miliciens du Fatah était fier d'annoncer aux journalistes israéliens que tous les livres y avaient été détruits, y compris... les exemplaires du Coran. Le programme se terminait par un interrogatoire, en direct, du directeur de cette institution - copie conforme des interrogatoires israéliens que certains interrogateurs avaient certainement subis dans une phase antérieure de leur vie. J'ai eu envie de vomir.

Je ne suis pas de ceux qui utilisent le terme « collabo » à la légère, et je sais faire la distinction entre compromis et compromission. J'ai donc pris mon temps pour l'affirmer : en coupant les liens entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, et en appelant les israéliens à renforcer l'isolement de cette dernière, Abou Mazen [Mahmoud Abbas] a franchi une limite, et la question est de savoir jusqu'où il est prêt à aller.

Car la compromission est une logique sans fin, et le président palestinien est en train d'en faire l'expérience : après avoir accepté de prendre le risque d'une guerre civile et avoir cassé l'Autorité palestinienne, on exige de lui qu'il accepte un État palestinien dans des frontières provisoires qui amputeraient la Cisjordanie de 10 à 15 % de son territoire et que, par ailleurs, ils reconnaisse l'État d'Israël comme « État juif » ou comme « État du peuple juif ». Ce n'est plus un État constitué que le dirigeant palestinien doit reconnaître, mais le projet sioniste lui-même et sa légitimité.

La population de Cisjordanie est sortie massivement dans la rue ces derniers jours pour exprimer son rejet de nouvelles compromissions. Mais là aussi, Abou Mazen a montré qu'il était prêt à aller très loin pour satisfaire ses nouveaux amis : il a ordonné de tirer sur les manifestants, faisant un mort et plus d'une centaine de blessés à Hébron.

Abou Houmous, le chauffeur de taxi palestinien qui amène l'équipe du Centre d'information alternative [1] de Jérusalem à Bethléem, est un expert pour contourner les murs et les barrages. Il est aussi cadre du Fatah, très populaire dans son quartier d'Issawiyeh à Jérusalem-Est. Depuis quelques jours, il a affiché dans son taxi un grand portrait de Yasser Arafat, ce qui n'est pas sans lui poser des problèmes lors des contrôles de l'armée israélienne. À ma question : « pourquoi soudain le portrait du raïs, deux ans après sa mort ? », il a répondu : « pour nous rappeler que nous avons eu des dirigeants étaient prêts à risquer leur vie et leur liberté pour sauvegarder notre souveraineté et notre dignité, et que de sa tombe, Abou Amar [Yasser Arafat] est en train de maudire celui qui dilapide son héritage et vend nos droits légitimes pour une demi-portion de falafel.»

Ainsi a parlé Abou Houmous, fidèle porte-parole du peuple de Palestine.

[1] Alternative Information Center, organisation israélo-palestinienne dont la mission est la dissémination d'informations, de recherches et d'analyses politiques sur les sociétés israélienne et palestinienne, et sur le conflit qui les oppose.

(LDL)

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