Holocauste

De «l'unicité de l'Holocauste» et de la limousine d'Elie Wiesel

Norman G. Finkelstein - "L'industrie de l'Holocauste" - Ed. La Fabrique 2001 - pp. 43 et ss.

La «conscience de l’holocauste », observe Boas Evron, un écrivain israélien respecté, est en réalité « un instrument d'endoctrinement de la propagande officielle, un ramassis de slogans, une vision du monde faussée dont le vrai but n'est nullement la compréhension du passé mais bien la manipulation du présent ». En soi, l'holocauste nazi n'implique aucun programme politique particulier. Il peut servir aussi bien à soutenir qu'à critiquer la politique israélienne. Mais réfractée à travers un prisme idéologique, « la mémoire de l'extermination des Juifs par les Nazis » en est venue à servir, selon les termes d’Evron, de « puissant instrument aux mains de la direction israélienne et de certains Juifs à l'étranger ». L'holocauste nazi est devenu l'Holocauste.

Le système de l'Holocauste repose sur deux dogmes centraux
(1) l'holocauste constitue un événement historique catégoriquement unique ;
(2) l'holocauste constitue le point culminant de la haine irrationnelle et éternelle des Gentils contre des Juifs.

Aucun de ces deux dogmes n’est exposé dans un discours public avant la guerre de 1967. Bien qu'ils soient devenus depuis les piliers de la littérature de l'Holocauste on n'en trouve trace dans aucun travail scientifique sérieux sur l'holocauste nazi. Mais tous deux ont des prolongements profonds dans le judaïsme et le sionisme.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, on ne se représentait pas l'holocauste nazi comme un événement uniquement juif, et encore bien moins comme historiquement unique. Les milieux juifs américains se donnaient même beaucoup de mal pour le replacer dans un contexte universaliste. Mais après la guerre de 1967, la présentation de la Solution finale changea radicalement. « On a vu émerger après la guerre de 1967, rappelle Jacob Neunser, un énoncé très important qui allait devenir emblématique du judaïsme américain [...] À savoir que l'holocauste était unique, sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. »

Dans un essai lumineux, l'historien David Stannard ironise sur « la petite industrie des hagiographes de l'Holocauste, qui soutiennent le caractère unique de l'expérience juive avec une énergie et une naïveté de théologiens zélotes ».

Le dogme de l'unicité n'a aucun sens. Fondamentalement tout événement historique est unique, ne serait-ce que pour des raisons de lieu et de temps, et tout événement historique à des éléments qui le rapprochent et le distinguent à la fois d'autres événements historiques. Mais pour l'Holocauste, le caractère unique est considéré comme absolument décisif. Quel autre événement historique y a-t-il, qui soit essentiellement considéré en fonction de son unicité catégorique ? Les caractères distinctifs de l'Holocauste sont soulignés, pour pouvoir le placer dans une catégorie absolument à part. Mais on explique jamais pourquoi les nombreux aspects qu'il partage avec d'autres événements doivent au contraire être tenu pour triviaux.

Ceux qui écrivent sur l'Holocauste en font tous à un événement unique, mais ils sont peu nombreux - si même il en existe - à s'accorder sur les raisons de cette unicité. Chaque fois qu'un argument en faveur de l'unicité de l'Holocauste se trouve réfuté par les faits, un nouvel argument vient le remplacer. Il en résulte, selon Jean-Michel Chaumont, une multiplicité d'arguments contradictoires qui s'annulent entre eux : « Aucun processus d'accumulation de connaissances ne s'enclenche. Pour faire mieux que le prédécesseur, chacun repart chaque fois de zéro. » Autrement dit unicité est une donnée première dans le système de l'Holocauste. La tâche de désigner et d'en apporter des preuves, alors que l'expression d'un doute équivaut à du négationnisme.

Mais peut-être le problème tient-il aux prémices et non aux preuves. Même si l'Holocauste était unique, quelle différence cela ferait-il ? Pourquoi notre compréhension du phénomène devrait-elle changer si l'holocauste nazi n'était pas le premier, mais le quatrième ou le cinquième d'une série de catastrophes comparables ?

Le dernier engagé dans la course à l'unicité de l'holocauste est Steven Katz avec The Holocaust in Historical Context. Citant près de 5000 références dans le premier volume d'un ouvrage qui doit en compter trois, Katz passe en revue le champ complet de l'histoire de l'humanité pour prouver que l'holocauste est « phénoménologiquement unique, en vertu du fait que jamais auparavant un État n'avait entrepris, que ce soit en termes d'intentions ou de politique réalisée, d'annihiler physiquement tout homme, femmes ou enfants appartenant à un peuple spécifique ». (...)

Traduction : un événement historique comportant un trait particulier est un événement historique particulier Pour éviter toute confusion, Katz précise plus loin qu'il utilise le terme phénoménologiquement « dans un sens non-husserlien, non-schutzéen, non-schelerien, non-heideggerien, et non-merleau-pontien ». Traduction : l'entreprise de Katz est une totale insanité.

Même si la thèse de Katz c'était prouvée, ce qui n'est pas le cas, elle montrerait seulement que l'Holocauste comporte un élément distinctif. Le contraire serait étonnant. Chaumont conclut que le travail de Katz n'est en fait que de l'idéologie déguisée en science.

De l'Holocauste phénomène unique à l'Holocauste qu'on ne peut appréhender rationnellement, il n'y a qu'un pas. Si l'holocauste est sans précédent dans l'histoire, sa place est au-dessus de l'histoire, et il n'est donc pas possible de le comprendre par l'histoire. Bref, l'Holocauste est unique parce qu'il est inexplicable et il est inexplicable parce qu'il est unique.

Qualifié par Novick que de « sacralisation de l'Holocauste », cette mystification est régulièrement alimentée par Élie Wiesel. Pour lui comme l'observe justement Novick, l'holocauste est une religion du « mystère ». Ils psalmodie donc une litanie ou l'holocauste « conduit vers l'obscur », « dénie toute réponse », « se situe hors de l'histoire et même au-delà », « défie toute connaissance et toute description », « ne peut être expliqué ni visualisé », « ne sera jamais compris ni transmis », marque « une destruction de l'histoire » et une « mutation à l'échelle cosmique ».

Seul le survivant-prêtre (c'est-à-dire seul Wiesel) est qualifié pour percer son mystère. Et pourtant déclare Wiesel, le mystère de l'Holocauste est « incommunicable » ; « il nous est même impossible d'en parler ». C'est ainsi que pour un tarif habituel de 25 000 $ (plus la limousine avec chauffeur), Wiesel explique dans ses conférences que le secret de la vérité d'Auschwitz « réside dans le silence ».

(LDL)

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