Haredim

La Terre sainte vomira les sionistes et leurs défenseurs dans le pays

Shalom Yerushalmi, (Maariv) - Courrier International - 20 juillet 2009

Jeudi 16 juillet, 15 heures. “Vous n’aimez pas les enfants”, lance Moishe, un jeune homme corpulent de 19 ans, juste avant de mettre le feu à un gros pneu à l’aide d’un morceau de carton.

“Pourquoi penses-tu ainsi ?
— Combien d’enfants as-tu ? me répond-il.
— Trois.
— Tu vois ! Si tu aimais les enfants, tu en aurais eu dix.
— Et toi, combien en as-tu ?
— Deux. Mais j’ai dix-huit frères.”

Nous nous trouvons à Jérusalem, dans la rue Shivtei Israël, devant le nouveau centre Toldot Aharon [appartenant à un groupe ultraorthodoxe opposé à l’Etat d’Israël au nom de la tradition religieuse]. La chaleur est insupportable. Des charrettes d’ordures sont déversées sur le sol, puis incendiées devant des dizaines d’enfants qui sortent de l’impasse voisine.

Parmi eux, les fils de la mère de famille ultraorthodoxe soupçonnée de maltraiter un de leurs frères. La colère est indescriptible. Pour les haredim [les “craignant-Dieu”] toute maltraitance d’un enfant équivaut à un coup de poignard dans la gorge et cela ne leur est pas moins douloureux que la profanation du shabbat. Depuis des générations, les ultraorthodoxes inculquent à leurs enfants le respect d’autrui, en particulier des plus faibles, et voilà que l’establishment sioniste, haï de leur communauté, les accuse d’affamer un enfant de 3,5 ans. Cette guerre, ils ne peuvent pas la perdre.

Dans chaque coin de rue des quartiers ultrareligieux de Jérusalem – Mea Shearim, Shkounat Geoula ou sur la route Bar-Ilan –, ils ont dressé des panneaux géants dénonçant “les viles accusations de meurtre rituel, version Moyen Age” à leur encontre.

A en croire les haredim de Toldot Aharon, c’est la police et les médecins de l’hôpital Hadassah de Jérusalem qui souffrent du syndrome de Münchausen [pathologie caractérisée par la simulation d’une maladie]. D’où cette conspiration des représentants de l’Etat mécréant, qui ont décidé d’affamer un pauvre enfant de famille ultraorthodoxe et de lui infliger des expérimentations médicales en milieu hospitalier.

La Terre sainte vomira les sionistes et leurs défenseurs dans le pays” , affirmait un autre panneau, dans le marché de Mea Shearim.

Soixante et un ans de révolte dans le royaume des cieux, ont ajouté les protestataires. Les mécréants poussent comme de mauvaises herbes. A nous de les éradiquer pour toujours.

Vendredi 17 juillet, 16 heures. Les ultraorthodoxes détenus dans la maison d’arrêt près de Migrash Haroussim reçoivent immédiatement des nouvelles [des débats concernant la mère accusée d’affamer son fils de 3,5 ans]. Parmi eux, notre jeune ami Moishe du début, celui qui a mis le feu à un pneu la veille.

Ses amis ont été arrêtés par dizaines au cours des émeutes. Nombre d’entre eux ont agi de plein gré, après que les rabbins les ont enjoints d’“aller en prison” . Ils sont allés en prison, ont refusé de décliner leur identité et ont provoqué les policiers. “Vous pouvez inonder la prison de croyants, ça nous est égal”, ont-ils lancé.

A 16 heures, les amis des détenus ont vu la mère incriminée sortir du tribunal et aller chez le rabbin Fröhlich [où le tribunal l’a assignée à résidence]. De leur point de vue, l’affaire était désormais close. Vingt personnes ont été libérées.

Parmi elles, quelques-unes ont manifesté samedi soir contre la profanation du shabbat [elles protestaient contre l’ouverture le samedi du parking Carta situé près de la Vieille Ville]. Douze sont encore sous les verrous. Le tribunal va les condamner pour troubles, coups et blessures, destruction et attaque contre les forces de l’ordre. De quoi déclencher de nouvelles émeutes dans une ville qui ne connaît jamais le repos.

(LDL)

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