Wiesel (Elie)

Elie Wiesel : témoignages fragiles, mais pouvoirs de super-héros

Norman G. Finkelstein - "L'industrie de l'Holocauste" - Ed. La Fabrique 2001 - p.79 et ss.

À l'origine, l'expression « survivants de l'holocauste » désignait ceux qui avaient subi le terrible traumatisme du ghetto puis du camp. On estime à 100 000 le nombre de ces survivants à la fin de la guerre. Aujourd'hui leur nombre ne peut dépasser le quart de ce chiffre. Comme ceux qui avaient souffert dans les camps se voyaient décerner la palme du martyre, bien des Juifs qui avaient passé la guerre ailleurs se sont fait passer pour des survivants des camps. Il y avait à cela un autre motif puissant, d'ordre matériel celui-ci. Après la guerre, le gouvernement allemand à versé des indemnités aux Juifs des ghettos et des camps. Beaucoup de Juifs se sont fabriqué un passé qui leur donne droit à figurer sur les listes de répartition.

« Si tous ceux qui se prétendent survivants le sont réellement - se demandait souvent ma mère - on se demande et qui Hitler a bien pu tuer. »

Plusieurs chercheurs ont exprimé des doutes sur la fiabilité des témoignages de survivants.

« Une bonne part des erreurs que j'ai découvertes dans mon propre travail, rappelle Hilberg, est à mettre sur le compte de témoignages. » Au sein même de l'industrie de l'holocauste, Deborah Lipstadt fait ironiquement remarquer que les survivants affirment souvent qu'ils ont été examinés par Joseph Mengele en personne Auschwitz.

Mis à part la fragilité de la mémoire, il existe plusieurs raisons de mettre en doute le témoignage de certains survivants. Mais comme ils sont désormais vénérés comme des saints vivants, personne n'ose mettre leur parole en doute. Les énoncés les plus absurdes sont admis sans commentaires.

Dans son récit autobiographique tant acclamé, Élie Wiesel se souvient que, peu après sa libération de Buchenwald, âgé de 18 ans seulement, « [il a] lu la Critique de la raison pure - ne riez pas ! - en yiddish ». Laissons de côté le fait que Wiesel reconnaît qu'il « ignorait totalement la grammaire yiddish » à l'époque. Il reste que la Critique de la raison pure n'a jamais été traduite en yiddish.

Wiesel se souvient également avec force détails d'un « mystérieux savant talmudique » qui, en « en deux semaines, pour [le] surprendre, maîtrisa le hongrois ». Il raconte à un hebdomadaire juif qu'il « devient souvent enroué ou qu'il perd même la voix » en lisant silencieusement ses livres, « à haute voix, mais intérieurement ».

A un journaliste du New York Times, il raconte qu'il a été renversé par un taxi sur Times Square : « J'ai volé sur la longueur d'un bloc. J'ai été heurté à l'angle de la 45e rue et de Broadway et l'ambulance m'a ramassé sur la 44e rue. » Et Wiesel de soupirer : « J'expose la vérité sans fard. Je ne peux pas faire autrement. »

1- Henri Friedlander, "Darkness and dawn in 1945 : The Nazis, the Allies and the Survivors" in US Holocaust Memorial Museum, 1945 - The Year of Liberation. Washington 1995, pp. 11-35
2 - Voir par exemple Tom Seguev, The Seventh Million, p. 248
3 - Lappin, the man with two heads, p. 48

(LDL)

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