Peretz (Amir)

Face à Sharon, pas de place pour la gauche

Shalom Yerushalmi, (Maariv) - Courrier Internationa N° 792 - 5 janvier 2006

Amir Peretz, le leader travailliste, peine à imposer les sujets de justice sociale dans le débat public, explique Maariv.

Ces derniers temps, les responsables de la campagne d’Amir Peretz sont gagnés par un sentiment de frustration. Voici deux mois seulement, Peretz remportait la primaire devant Shimon Pérès et prenait la direction du Parti travailliste. Les médias n’hésitaient pas à parler de changement radical dans les priorités nationales, du retour de la thématique des inégalités sociales, etc.

Les espoirs les plus fous semblaient confirmés par les premiers sondages. Dirigé par Peretz, le Parti travailliste était crédité de 28 mandats au Parlement [contre 21 aujourd’hui], un chiffre qu’il n’avait pas atteint depuis des lustres.

Mais, aujourd’hui, tout cela semble loin. Sans que l’on y prenne garde, Peretz a disparu de la campagne. Dans la presse, les questions socio-économiques qu’il pensait imposer sont reléguées aux pages intérieures, leur place habituelle depuis la création de l’Etat d’Israël. Les titres qui occupent la une, ce sont à nouveau les questions de sécurité.

Dans la chambre 2 de l’aile A de l’hôpital Hadassah d’Ein Kerem, où Ariel Sharon a été hospitalisé la semaine passée [il est à nouveau hospitalisé, pour une opération du coeur, à partir du jeudi 5 janvier], personne ne s’inquiétait du salaire minimum [un thème de campagne de Peretz]. Non, ce sont à nouveau les roquettes Qassam de Gaza qui étaient en tête des préoccupations.

Dans le camp Peretz, on cache mal son embarras. Pour son équipe de campagne, les choses sont claires : Ariel Sharon et son ministre de la Défense sortant Shaul Mofaz s’ingénient à mettre le feu aux poudres sur le terrain palestinien et à la frontière libanaise, dans le seul but d’imposer à la campagne un agenda sécuritaire. De même, le retour à la politique des “liquidations” répondrait à des motifs politiciens. Même s’il s’abstient de le dire publiquement, Amir Peretz partage cette analyse. Bref, les travaillistes ont de plus en plus de mal à comprendre pourquoi les médias boudent Peretz après lui avoir manifesté autant de sympathie. L’explication est pourtant simple : la création de Kadima [par Ariel Sharon], dix jours après l’élection du nouveau chef travailliste.

Jusqu’alors, Peretz était un antidote à la droite ; depuis, il a perdu ce rôle. En se ralliant à Ariel Sharon, Shimon Pérès et Haïm Ramon [deux anciens travaillistes] ont raflé à Amir Peretz l’électorat de centre gauche. Pis : si les déclarations fracassantes de Kalman Gayer, conseiller d’Ariel Sharon, sur une éventuelle partition de Jérusalem, sont fondées, alors le Parti travailliste n’a pour ainsi dire plus aucune identité propre à faire valoir sur le terrain des relations avec les Palestiniens.

Peretz doit en outre lutter contre deux anciens Premiers ministres, Ariel Sharon [Kadima] et Benyamin Nétanyahou [Likoud], lesquels feront tout pour que la campagne soit dominée par les questions de sécurité. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le temps où Peretz, président de la Histadrout [syndicat unique], pouvait déclencher de grandes grèves à répétition et monopoliser l’attention des médias. Au bureau de campagne de Peretz, on frémit à l’idée que le Parti travailliste puisse battre tous les records en termes de recul des voix. On cherche une issue de secours, mais bien malin celui qui la connaît.

(LDL)

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