Kadima

Sharon dynamite le paysage politique israélien en créant "Kadima"

Attila Somfalvi (Yediot Aharonot) - Courrier International N° 786 - 24 novembre 2005

Ça y est, il l’a fait : Ariel Sharon a décidé de prendre le parti qu’il avait créé de ses propres mains, de le fracasser, de le briser, de le détruire et au passage de redessiner la carte politique d’Israël.

Sharon a pris sa décision tout seul. Il a décidé de rompre le cadre, de briser toutes les règles, de créer une nouvelle voie. On verra bien ce qui arrivera, tout ce qu’on peut espérer, c’est que ce sera bien. C’est du moins ce qu’affirment ses conseillers.

Reste à voir maintenant quelle liste les conseillers du Premier ministre israélien peuvent constituer. Les commentateurs estiment actuellement qu’il s’agira d’une constellation de stars, du moins vu de l’extérieur. Pas nécessairement des stars étincelantes, mais des stars quand même si on les compare avec les personnalités qui restent fidèles au Likoud.

Les conseillers de Sharon vont vendre ce nouveau parti comme n’importe quel produit : ils vont mettre en avant les différences entre la nouvelle formation et l’ancien groupe de pépés endormis et tenter de convaincre les électeurs d’essayer le modèle amélioré.

La composition de la liste de Sharon n’a pas vraiment d’importance. Ce qui importe, c’est ce qu’elle ne dit pas : elle n’envoie pas le même message que le comité central du Likoud [elle se situera au centre droit].

Maintenant qu’il y a un nouveau parti, on peut supposer qu’Amir Peretz, le nouveau président du Parti travailliste, connaîtra quelques nuits d’insomnie. Comme Benyamin Nétanyahou, du Likoud, et Yosef Lapid, le chef du Shinouï [centriste populiste].

En voilà trois qui doivent s’inquiéter, car il est impossible de savoir comment l’électorat israélien va réagir à l’apparition soudaine de cet animal hybride. Si les sondages et les projections sont exacts, ces formations vont chacune y laisser des plumes. Mais c’est Peretz qui va probablement encaisser le choc le plus important. Hier encore, il semblait surfer sur une vague de soutien à la fois au sein du Parti travailliste et dans le grand public. Pour faire face à cette nouvelle menace, Peretz doit passer à l’attaque – et frapper fort.

Il ne peut pas laisser à Sharon trop de temps pour respirer. La lune de miel qu’il a connue ces derniers jours pourrait n’être bientôt plus qu’un beau souvenir.

Peretz doit donc faire ce qu’il fait depuis son élection, rester offensif et continuer à montrer que ce sont les mains corrompues de Sharon qui ont frappé les classes les plus faibles de la société. Sinon, Sharon et compagnie vont le dévorer tout cru, et son parti avec lui.

C’était une chose pour Benyamin Nétanyahou et autres ténors du Likoud d’attaquer Sharon de l’intérieur. C’en est une autre de l’attaquer de l’extérieur, alors qu’il est entouré de personnes qui parlent différemment.

Yosef Lapid, le leader du Shinouï, ferait bien de s’inquiéter lui aussi. Mais, pour lui, la surprise sera moins grande. Contrairement au Parti travailliste, auquel les politologues accordent autant de sièges qu’au nouveau parti, le Shinouï est en chute libre dans les sondages. Il n’est pas impossible que ce phénomène se poursuive au cours des mois à venir et que le parti soit obligé de se lancer dans une campagne relativement agressive afin de préserver – ne serait-ce qu’un peu – son amour-propre.

La classe politique israélienne va résister au choc causé par Sharon. Elle survivra, parce que l’événement était dans l’air depuis longtemps. Le désengagement de la bande de Gaza n’a été que l’étincelle qui a mis le feu à la mèche. Il n’y a plus qu’à attendre l’explosion.

(LDL)

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