Peretz (Amir)

Peretz "le Marocain", un "anti- Pérès", "civil" et "social", vite marginalisé

Maya Bengel (Maariv) - Courrier International N° 785 - 17 novembre 2005

Avec lâélection dâAmir Peretz à la présidence du Parti travailliste, on peut estimer que les électeurs israéliens seront enfin en mesure de choisir clairement entre la sécurité et le processus de paix, dâune part, lâéconomique et le social, dâautre part.

Pourtant, âœle premier candidat socialâ au poste de Premier ministre* de lâhistoire dâIsraël refuse cette alternative et estime que ces deux termes vont de pair. âœUn mouvement de paix sans vision sociale est un mouvement infirme et un mouvement social sans vision de paix nâa aucune utilité.â

Peretz et ses alliés prédisent pour le printemps 2006 un bouleversement de même ampleur que celui qui, en 1977, a vu le Likoud prendre le pouvoir après trente ans de domination travailliste. âœCe qui a jeté les masses populaires dans les bras du Likoud, câest lâabandon et lâoppression. Je veux être le Menahem Begin du Parti travailliste.â De fait, la politique économique ultralibérale du Likoud commence à saper le mur de haine dressé entre les communautés orientales [les sépharades, électeurs traditionnels du Likoud] des banlieues et le mouvement travailliste : attirés par le profil dâAmir Peretz, dâanciens cadres, militants et électeurs du Likoud adhèrent au Parti travailliste.

âœComme les enfants battus, les Orientaux sont agressés et humiliés par la politique économique de Bibi [Nétanyahou], mais ils ne quitteront pas le toit familial tant quâils ne seront pas convaincus que ça va mieux dans les autres familles.Aujourdâhui, il y a des frémissements. Des centaines de militants du Likoud mâont dit quâils ne feraient le grand saut que si jâétais élu.â

Amir Peretz a entamé sa carrière politique en 1983 en offrant au Parti travailliste la mairie de la ville de Sdérot [à la lisière de la bande de Gaza, elle est peuplée de 60 % de Marocains], jusquâalors considérée comme un bastion du Likoud. En 1984, il fut lâun des premiers cadres à exiger que le Parti travailliste sâengage en faveur dâun Etat palestinien et, aujourdâhui, il exige la reprise des négociations avec lâOLP. Si les massacres de Sabra et Chatila [1982] ont pesé sur ses opinions, un autre événement lâa aussi influencé. âœMa mère avait été visée à Gaza par un cocktail Molotov. Quelques mois plus tard, elle était convoquée pour témoigner devant la cour militaire [israélienne] de Gaza. Voyant quâelle était marocaine, les membres des forces de sécurité sâétaient autorisés à dire :âUn bon Arabe est un Arabe mort.â Alors, quand on lui a présenté un soi-disant accusé palestinien, elle sâest rétractée.â

Malgré la moustache quâil arbore fièrement, Peretz nâentend pas être le âœMarocain de serviceâ pour le Parti travailliste et rien ne le met davantage hors de lui que lorsquâon lui dit que la place âœnaturelleâ dâun Oriental, câest le Likoud. Amir Peretz se voit aussi en Premier ministre âœcivilâ.

âœDans ce pays, on croit que seuls dâanciens généraux sont capables de mener des négociations. Or leur problème, câest quâils sont incapables de voir la paix autrement quâà travers un viseur. Begin, lui, était un civil et, quâon le veuille ou non, câest lui qui a signé lâaccord de paix avec lâEgypte et en même temps lancé le programme Shikkum [réhabilitation des quartiers populaires au début des années 1980].â

Bien que faisant campagne dans les quartiers déshérités, Peretz a bénéficié du soutien dâhommes dâaffaires et de patrons inquiets de la dualisation dâune société où disparaissent les classes moyennes. Ne craint-il pas de faire fuir ce quâil reste de classes moyennes au Parti travailliste ?

âœQuelle importance ? Pour chaque siège que je perdrai au profit du Yahad [libéraux pacifistes] ou du Shinouï [populistes ashkénazes], jâen reprendrai sept aux partis de droite. Alors, si câest le prix à payer, pas de problème.â

(LDL)

Les titres et intertitres sont de la rdaction du site