Djihad Islamique

Un attentat suicide pour venger une "exécution ciblée" : qui en tire parti ?

Amr Hilmi Al-Ghoul - AL-HAYAT AL-JADIDA (Ramallah) - Courrier International N° 783 - 3 novembre 2005

L’attentat du Djihad islamique [le 26 octobre au marché de Hadéra] va clairement à l’encontre des intérêts palestiniens, explique un éditorial offensif du quotidien de Ramallah.

Pour justifier l’attentat qui a été commis le 26 octobre à Hadera [au nord de Tel-Aviv], qui a coûté la vie à cinq civils israéliens et en a blessé plus de trente autres, le Djihad islamique explique qu’il constituait une réponse à l’assassinat de son dirigeant militaire pour la Cisjordanie, Luay Saadi *.

Quoi qu’il en soit, on ne peut que s’interroger sur la signification d’un tel attentat à ce moment précis. Quel en est l’objectif ? Quel est l’horizon qu’il ouvre pour les Palestiniens ? En mars dernier, les factions palestiniennes s’étaient engagées à respecter une politique d’accalmie et de trêve, en endossant les accords du Caire. Or, avec cet attentat, l’une d’entre elles s’écarte du consensus national et bat en brèche cette unité. A-t-elle bien mesuré à qui allait profiter le fait d’étendre les opérations au-delà des Territoires palestiniens pour les porter jusqu’à l’intérieur de la Ligne verte [sur le territoire israélien, selon les frontières de 1948] ?

Toutes ces questions agitent les esprits patriotes. L’immense majorité de nos concitoyens refuse le diktat du Djihad islamique sur la vie politique palestinienne. Car il n’aboutira pas à des résultats probants et ne sert pas l’intérêt général de la population.

Au contraire, il verse de l’huile sur le feu et rend un peu plus probable l’hypothèse d’une guerre civile interpalestinienne, que Dieu nous en préserve !

C’est à croire que les cadres de ce groupe n’ont aucune expérience politique pour évaluer les conséquences de tels attentats pour le projet national palestinien. Ses dirigeants affirment du matin au soir qu’ils ont été sincères en s’engageant, en mars dernier, à respecter la ligne de l’apaisement.

Or, avec ce genre d’attentats, il devient évident qu’ils ont commis une faute et ont porté atteinte à la cohésion de notre peuple.

Ils n’ont pas l’air de se sentir concernés par l’intérêt national autant qu’ils se sentent concernés par les calculs factionnels qui leur sont propres. Ils ne sont ni désintéressés dans leurs objectifs, ni loyaux vis)à-vis de leurs propres engagements. Qui plus est, leur compor tement n’aura pas seulement des conséquences néfastes sur la vie politique nationale, car, à ce moment précis de l’actualité internationale, leurs calculs rejoignent ceux de certaines puissances régionales qui veulent utiliser la carte palestinienne pour régler leurs comptes tantôt avec les Etats-Unis, tantôt avec Israël, voire avec l’Union européenne.

Jusqu’à quand ceux-là veulent-ils que notre peuple reste un pion qu’on utilise pour servir les intérêts des autres ? Le moment n’est-il pas venu pour ces forces islamistes de s’ouvrir à d’autres considérations, de revenir à la raison et de réintégrer le consensus patriotique autour du projet national palestinien ?

(LDL)

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